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 Madison - In your head they are cryin'

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MessageSujet: Madison - In your head they are cryin'   Ven 20 Juin - 22:54


✰✰✰
La folie est parfois nécessaire pour faire un pas de plus
crédit ~ emily-rose.us.


Madison Kingsley


≈ age: 28 ans ≈ occupation: Aide à domicile ≈ statut civil: célibataire   ≈ lieu de naissance: Bâton-Rouge, Louisiane ≈ nationalité: américaine ≈ orientation sexuelle: hétérosexuelle.  ≈ depuis combien de temps vis-tu à lewisburg ? Depuis toujours, Madison a grandi dans cette petite ville et l'a seulement quittée au cours de l'année 2009. Elle est à peine de retour, après cinq longues années d'absence.  ≈ famille: Ses parents sont décédés récemment, il ne lui reste plus que sa soeur, Frankie, seulement âgée d'un an de plus ≈ quel genre de voisin es-tu ? une voisine dont on se méfie, sur qui on s'interroge. Elle est souriante, serviable, toujours prête à aider pour se faire à nouveau intégrer à la communauté. Maintenant... tout le monde sait que derrière les sourires, se cachent souvent les pires secrets. Alors Madison, on l'apprécie, on la craint... ≈ statut social: très modeste, elle vit avec peu de moyens ≈ aspirations de vie: Survivre, et c'est déjà énorme ! Les désirs de Madison sont très modestes. Elle n'a pas besoin d'argent ni de popularité. Elle aurait simplement aimé qu'on puisse lui pardonner ses erreurs passées et son départ précipité. Qu'on lui laisse revoir sa fille. Et surtout, qu'on l'aime, pour une fois...  ≈ qualités et défauts: studieuse + généreuse + méticuleuse + secrète + souriante + réservée + fragile + dépendante + lunatique + instable + naïve + honnête + créative ≈ le massacre du jeudi 18 avril 1996: Elle était là. Dans la classe où le meurtrier est entré pour faire feu sur les dix élèves et leur institutrice. Elle avait dix ans quand cela s'est produit et la fusillade a bouleversé entièrement sa vie, la faisant emprunter des chemins étranges. Elle en parle très peu et ne s'est jamais vraiment confiée qu'à sa psychologue. On sait simplement qu'elle a perdu son meilleur ami, Rory, au cours du massacre, et qu'elle fait donc partie des douze enfants qui ont survécu. Aujourd'hui, à ce sujet, elle se tait. Mais il existe encore, bien vivant dans sa mémoire. ≈ groupe: living in the past


✰  we're all pretty bizarre, that's all.
Il lui arrive d'avoir des TOC, comme le besoin de vérifier plusieurs fois si une porte est bien fermée et est une grande stressée + elle n’est pas du tout dépensière et déteste le shopping ! Elle préfère largement garder son argent pour les choses utiles, comme le loyer ou la nourriture + Elle ne se considère pas comme végétarienne, mais surveille son alimentation et est une très grande adepte des fruits, elle pourrait en manger tout le temps et voue un véritable culte aux smoothies. On la voit toujours avec un paquet de fruits secs à la main + Elle est bordélique au possible, mais met ça sur son « âme d’artiste ».  + Elle a quitté en 2009 la Louisiane pour l'Iowa, juste après être devenue mère, par peur de basculer dans la folie et de faire du mal à sa fille, comme sa mère avant elle  + Elle est claustrophobe et est incapable de monter dans un ascenseur, elle préfère largement le grand air + Elle déteste les vêtements noirs et portera soit du clair, soit des tenues de toutes les couleurs, aux motifs souvent fleuris. De même, elle agrémente ses habits de divers accessoires.  +  Elle a survécu à la fusillade dans l'école primaire de Lewisburg, quand elle avait dix ans. Cette tragédie a été le facteur déclencheur de bien des problèmes + Elle a récemment parrainé un éléphanteau d’Asie et participe à un certain nombre d'associations caritatives, préférant se dévouer à l'autre plutôt qu'à soi  + Elle est une grande passionnée de peinture, surtout les portraits et les paysages, et expose ses travaux dans quelques galeries de la ville. Elle aime se rendre dans la campagne, aux alentours, pour peindre en toute quiétude.  + Elle aime faire la grasse matinée, les peluches, les bibliothèques et les galeries d'art + Elle n’aime pas le sport, les films d'épouvante, es betteraves, la société de consommation, l’injustice, et la cigarette. Il lui arrive de boire, parfois beaucoup, mais elle arrive à se maîtriser et possède avec l'alcool une relation qu'on pourrait qualifier de normale. En revanche, elle est accro au café, et en boit à toute heure de la journée.  + Enfin, elle vit au jour le jour. Elle refuse de sombrer à cause de son passé et de craindre un avenir qui n'est pas encore là. Elle ne perd pas de vue que le seul fait d'exister est une chance et s'arrange pour être heureuse à chaque seconde. Pour que chaque jour compte.

Prénom/peudo: Caroline/Linoa Âge: 20 ans  Où as-tu connu LIA: Bouche à oreille  Fréquence de connexion: Tous les jours et même plus ! C'est votre dernier mot ?   


Code:
<pris>◈ Emily Rose</pris> - [i]Madison Kingsley[/i]


Dernière édition par Madison Kingsley le Sam 21 Juin - 0:43, édité 11 fois
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MessageSujet: Re: Madison - In your head they are cryin'   Ven 20 Juin - 22:54

✰ sweetie, you couldn't ignore me if you tried.

Janvier 1986 + La naissance et le commencement des secrets

« Ta mère est morte en te donnant la vie, gamine ». La vérité ! Quelles paroles cruelles à entendre pour une fillette de quatre ans, alors pleine d’espoir quant à l’avenir de cette maman disparue. Madison Kingsley vit donc le jour au beau milieu du mois de janvier 1984, par un hiver particulièrement rude, comme annonciateur de tous les malheurs qui la poursuivraient jusqu’à la fin. Sa date de naissance, elle ne la sut réellement que bien des années plus tard, en consultant les registres des naissances de l’Etat de Louisiane, cette année-là. Car son père ne s’en souvenait pas – ne voulait pas s’en souvenir ? Et sa sœur, Elsa, surnommée Frankie bien des années plus tard, d'un an son aînée trop jeune pour s’en souvenir. Pas de figure maternelle, donc, et ce depuis le début. Son père, Stanislas, restait toujours évasif à ce sujet. Il restait évasif sur tout.

Madison Kingsley, une fillette aux boucles blondes et au regard gris humide, toujours expressif, grandit donc dans l’Etat de Louisiane, non loin de la ville de Bâton-Rouge, dans une vieille maison délabrée, en compagnie de son père, charpentier de son état, et de sa grande sœur. Stanislas n’était peut-être pas le père idéal, non, mais elle l’aimait tendrement. Un éclopé de la vie, aux larges épaules carrées et aux mains rugueuses, craquelées, plates comme des battoirs. Il parlait peu, d’une façon souvent bourrue, parfois teintée d’ironie, et se déplaçait d’une démarche maladroite, si singulière. Des années plus tard, cette démarche est l’une des rares choses qui lui restent en mémoire. De cette lointaine époque, Madison ne garde qu’un souvenir flou, quelques silhouettes se dessinent dans son esprit puis se mélangent, sans distinction. A l’époque, malgré ses éternelles interrogations, elle était heureuse. Une enfant dans la lune, disait ses instituteurs, sans véritables amis. Elle s’était fabriqué son propre univers, où les adultes n’auraient aucune place. Son esprit divaguait bien trop souvent, l’empêchant de se concentrer.

Son entrée à l’école primaire fut un gros bouleversement dans sa vie et, rapidement, elle prit conscience qu’elle n’aimait pas l’école. Etre assise sur une chaise une partie de la journée à écouter son institutrice parler l’ennuyait profondément, elle qui avait été habituée à passer sa vie dehors, au grand air. Elle fut même rappelée à l’ordre plusieurs fois, à cause de son comportement. Son père la réprimanda à plusieurs reprises avant d’abandonner l’affaire, comme toujours. Lui non plus ne comprenait pas cette enfant en quête douloureuse d’une identité. Maman ! Maman, où es-tu ? Mais elle ne répondait pas. Elle n’avait jamais répondu à ses prières lancinantes et Madison grandit donc dans l’incertitude et ses questions emplies de naïveté restaient désespérément sans réponse.


Avril 1996 + Les corps tombent et les mitraillettes claquent, les cœurs explosent

Elle avait dix ans quand un tragique événement bouleversa son équilibre précaire. La petite école primaire de Lewisburg fut le théâtre d’une sanglante fusillade et Madison Kingsley était présente ce jour-là, elle avait dix ans et presque trois mois, était dans la classe de la petite Sandra, fille du meurtrier, et fut l’une des douze rescapés. Pas blessée, non, rien, simplement survivante. Alors que son meilleur ami de l’époque, le jeune Rory Swethenam, à côté d’elle en classe, fut l’un des premiers à tomber. Madison n’oublierait jamais. Les hurlements déchirants. Son petit corps tremblotant se recroquevillant au sol, pour se faire oublier. Les coups de feu ! Le début de la fin. Madison l’ignorait encore, dans toute son innocence, mais sa vie ne serait plus jamais la même ensuite, plus jamais. Car les cauchemars la hanteraient longtemps, le moindre bruit suspect, les pleurs sans raison. Ce dont elle se souvient le plus, dix-sept ans après, c’est le silence. Après, plus aucun bruit, nulle part. Elle ouvrit alors les yeux, se demandant encore ce qui venait de se passer, ses grands yeux gris humides de larmes, choquée. Douze enfants survivants. Le sang… Le sang partout ! Partout. Sur les murs. Sur le sol. Sur les vêtements. Les mains. En tournant la tête, elle aperçut le corps de Rory Swethenam gisant dans une mare rougeâtre, qui grossissait à vue d’œil. Elle le regarda, le regard écarquillé, mais ne pleura pas. Malgré les corps et l’effroi, elle ne pleura plus pendant des jours et des jours, évoluant longtemps tel un mort-vivant, ne sachant où aller dans ce monde qui ne voulait plus d’elle. La suite de la fusillade, elle l’a oublié. Ou n’a pas voulu se souvenir, un voile noir repose désormais sur sa mémoire. Elle n’en parle jamais, aujourd’hui.
A l’époque, une psychologue la prit en charge, très rapidement après la fusillade. Mais Mad ne parla pas, du moins pas au début. Elle restait prostrée et ne comprenait pas. Pourquoi ? Comment c’est possible ? A dix ans, elle découvrait le bien et le mal, la mort et la vie. La culpabilité du survivant, comme on disait. Rory était mort et elle, elle vivait encore. Y avait-il simplement une logique là-dedans ? Elle n’en trouva pas. Il lui fallut des semaines pour ouvrir la bouche et commencer à raconter ce qu’elle avait vu, entendu, subi. Et des années plus tard, elle s’en rendit compte, mais la psychologue en question l’avait terriblement aidé, à l’époque. Personne d’autre ne l’entendait mais elle, si. Elle possédait ce sentiment étrange d’exister, au moins aux yeux de quelqu’un. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort, avait-elle lu un jour dans un livre. Cette citation l’avait bouleversé. Non ! Non, bien sûr que non. Ce qui ne nous tue pas nous brûle de l’intérieur, nous tue à petit feu, nous aspire notre âme au fil du temps qui passe. Pourtant, pour une fois, l’innocence de sa jeunesse la sauva. Bien que profondément atteinte par cette fusillade, elle fut suffisamment entourée pour surmonter la tragédie – du moins, les premières années.


Avril 2000 + L’adolescente éprise de liberté

Madison grandit. Peut-être pas comme elle l’aurait voulu, mais sa période adolescente fut plus heureuse qu’elle ne l’aurait cru suite à la fusillade, à l'âge de dix ans. Quatre ans s’étaient écoulés et elle recommençait à vivre, avec un psyché  certes fragile. Elle passait le plus clair de son temps à l’extérieur, dans la campagne entourant la vieille demeure familiale, et se sentait étonnamment  proche de sa grande sœur – seule figure famine de son entourage, si l’on excluait ses professeurs.  Si elle n’était pas du genre très sociable, la jeune fille avait tout de même une ou deux amies à l’époque, d’excellentes amies, qui partageaient son amour pour la peinture et pour la liberté. En revanche, elle ne côtoya pas la gent masculine – à part, toujours, une ou deux exceptions. Elle jugeait les garçons trop puérils, pas assez matures pour être dignes de son intérêt. Elle les regardait de loin, tels des bêtes sauvages, des bêtes qu’on n’osait approcher sous peine de se faire mordre. A l’époque, il lui arrivait d’imiter les autres adolescents, insouciants et heureux, qui testaient leurs limites. Elle sortait parfois en soirée, buvait de la bière, dansait toute la nuit, riait à gorge déployée. Tout en gardant en tête qu’elle était différente, indubitablement différente. Tu n’es pas comme eux toi tu n’as pas à faire ça garde ta dignité c’est tout ce qu’il te reste. Elle se réfugiait souvent dans la peinture, sa grande passion, ou marchait des heures autour de Lewisburg. Cette région magnifique, une région de tous les possibles. Elle ne vécut pas son adolescence comme les autres et pourtant, pourtant… Ce fut la plus belle époque de toute sa vie.

Peu de temps après, elle connut son premier flirt. Enfin. Quelques regards échangés au détour d’un couloir, des sourires invisibles pour les autres, des sourires qui n’appartenaient qu’à eux deux. Quand elle y pense, un sourire attendri s’esquisse toujours sur ses lèvres. Période si lointaine ! Mais l’histoire finit comme elle avait commencé, et s’acheva en silence. Les regards ne se croisaient plus, les sourires s’effaçaient, l’indifférence l’emportait. Désormais, sans photo de lui, sans son nom de famille, il n’existe plus que dans son esprit, bien vivant dans sa mémoire. Alors allons-y soyons fous ne nous soucions pas de l’avenir et ne pleurons pas notre passé et vivons sans arrêt vivons comme si nous ne devions jamais mourir.

Bien sûr, cette période ne fut pas non plus un long fleuve tranquille. Madison se rebellait. Cette société dans laquelle elle évoluait, elle n’en voulait pas. Elle n’en avait jamais voulu mais plus encore maintenant, maintenant qu’elle était en âge de comprendre que le monde ne tournait vraiment pas rond. Mais comment se manifester ? Comment leur faire comprendre qu’on ne voulait pas devenir un mouton, pas maintenant, ne surtout pas devenir comme eux, tristes et sans couleur ? parce que je voudrais bien pouvoir hurler, crier mon nom, parce que bon sang, j’existe, j’existais hier et j’existerai encore demain, je suis quelqu’un ! Personne ici bas ne se souciait de personne et elle le savait, on l’oublierait. Elle aurait voulu agir, gueuler sa haine à la face du monde, mais ce monde n’écoutait déjà plus, ce monde n’avait jamais écouté. Alors, elle hurlait, au sens premier du terme. Contre son père, contre ses professeurs, contre sa sœur elle voulait partir ailleurs, loin, dans un univers où on la comprendrait.
Et à cette époque, elle l’ignorait encore, mais débuterait bientôt le chaos. La fin de toute chose.


Juin 2004 + Quand la folie guettait, tapie dans l’ombre…

« Je n’ai besoin de personne, jamais, je partirai, seule et sans bagages, je deviendrai juste Mad » A dix-huit ans, elle avait arrêté ses études après le lycée pour vivre au sein d’une petite communauté à deux pas de Lewisburg, des marginaux disait sa sœur, des hippies disait son père. Elle avait trouvé en eux une famille et était peut-être tombée amoureuse de celui qui dirigeait le mouvement qui se voulait pacifiste et autonome. Toutes les jeunes filles en tombaient amoureuses, désespérées à l’idée d’attirer son attention. Mais là-bas, au moins, on la laissait tranquille. Aucun compte à rendre, à personne. Libre comme l’air. Rentrer dans le moule, elle ne l’avait jamais voulu ! Elle partageait un bungalow en compagnie de quelques autres jeunes désœuvrés, peignait tous les jours des toiles qu’il lui arrivait ensuite de vendre, tout en aidant dans les tâches quotidiennes. Oui, elle était heureuse. La vie méritait d’être vécue lisait-elle dans les livres. Alors à dix-huit ans, elle la croquait, sa foutue existence. Jusqu’à l’ivresse. Eh quoi, merde ? Elle avait le droit. Plus que quiconque. Puis elle reçut une lettre de sa sœur, l’informant que son père était mort quelques jours plus tôt. Suicide par arme à feu. Cela faisait des mois qu’elle n’avait plus eus de ses nouvelles. Il avait commencé à la renier le jour où elle avait manifesté son souhait de quitter la « société actuelle » pour se retirer dans cette communauté en marge de tout. Il la disait cinglée, il le répétait si souvent, désespéré. Elle, elle se contentait de hurler comme une furie et un beau jour, fit ses valises et quitta le domicile familial. Elle ne répondit pas à l’appel de sa sœur, pas plus qu’elle ne se rendrait à l’enterrement. Elle ne reviendrait que quelques mois plus tard dans cette grande maison, désormais vide, qui l’intriguait. Ainsi, c’était ici qu’elle avait grandi, passé toute son enfance puis son adolescence ? Ce n’était pas elle. Ce ne pouvait être elle. Comme une autre vie. Quelqu’un d’autre, pas juste Mad. Elle ne se souvenait plus. Pourtant, ce devait être une vie heureuse. Quand donc s’était produite la déchirure ? Après, bien après la fusillade. Elle n’avait jamais été comme les autres mais à seize ans, avait réalisé que cette vie ne lui convenait pas. Malheureuse, presque dépressive. Partir, une obsession. Son âme était déjà ailleurs, loin, son corps suivrait peu de temps après. Elle effleura les murs du bout des doigts, grimpa une à une les marches usées, jusqu’au grenier, et resta trois longues heures assise au milieu des cartons. Perdue dans les souvenirs de la famille. En avisant les chevaux de bois couverts de poussière, les anciennes peluches, les vieilles photographies, elle éclata en sanglots. Je me souviens ! Cette vie, cette vie où j’étais encore Madison Kingsley, pas juste Mad…

Puis, elle tomba sur un ultime carton, oublié derrière tous les autres, qui contenaient de très vieilles affaires, ayant appartenu à sa mère. Des affaires gardées intactes par son père – ou bien oubliées, très certainement – elle découvrit plusieurs lettres, un échange épistolaire particulièrement intense, entre Stanislas Kingsley et une certaine Amelia, patiente de l’hôpital psychiatrique de Bâton-Rouge. Des mots forts, empreints de lyrisme de la part de cette inconnue. Elle semblait avoir pleuré sur les feuillets jaunis par le temps. Le cœur de Mad rata un battement. Ce n’était pas une inconnue, c’était sa mère. Et la dernière lettre datait de deux ans plus tôt. Sa mère. Tout ce temps, Amelia n’était pas morte, mais internée. Folle, suicidaire, qu’importe ? Madison hurla. Elle envoya tout valser, les cartons, les lettres, les peluches, et se révolta. Son père, ce salaud ! Il lui avait caché toute sa vie l’existence de sa mère. A cet instant, elle le haït plus que jamais. Et, folle de rage et de chagrin, elle se rendit dans le seul lieu qui la rapprocherait un peu d’Amelia, l’hôpital psychiatrique de Bâton-Rouge. On lui apprendrait qu’en effet, Amelia avait séjourné dans cet hôpital toutes ces années et une infirmière eut même l’audace de lui dire à quel point elle lui ressemblait. Ainsi donc, elle montrait des signes de trouble du comportement avant même la naissance de Madison et on commença à s’inquiéter quand elle s’intéressait de moins en moins à ce nourrisson, quitte à montrer des signes de violence. Elle fut internée peu de temps après cela et Madison n’en sut jamais rien – pour la préserver, disait l’infirmière. Elle n’avait pas à savoir que sa mère souhaitait sa mort alors qu’elle n’était qu’un bébé ! Pas à savoir que sa mère était folle et qu’elle-même semblait le devenir. Non ! Pas folle. Pas moi. Pas comme elle.

Malheureusement, on lui apprit également le décès récent d’Amelia, après plus de vingt ans de combat contre cette dépression, pire qu’une gangrène. Sa mère, à son tour, avait donc perdu la vie. Madison se figea en entendant la date exacte de sa mort. Quatre jours après, son père se suicidait…

Mars 2008 + Jamais comme elle !

Vingt-deux ans. Si jeune ! Si brisée ! Tous ses repères s’en trouvèrent bouleversés. Elle et sa sœur, protégées d’une mère dangereuse, une mère qui pourtant, dans ses lettres à son père, ne cessait de clamer son amour pour ses deux filles. Un amour qu’elle n’a jamais pu leur offrir… Madison, frappée par tant de secrets, commença à perdre pied. Elle s’écarta de la communauté, incomprise, abandonnée, mais paradoxalement, ce fut à cet instant qu’elle rencontra celui qui sera son compagnon durant un certain temps, dont elle tomba éperdument amoureuse. Elle avait connu quelques relations par le passé, avant ça, des relations ordinaires, très simples, qu’elle garderait pour toujours au fond de son cœur. Cette fois, c’était différent. Ce n’était pas un coup de foudre, non – elle n’y avait jamais cru – mais… plutôt une relation passionnée entre deux âmes brisées qui, en s’aimant éperdument, tentaient vainement de se reconstruire.

Un nouvel univers semblait se dessiner et pour Mad, à la vie déjà bien cabossée, cette apparente tranquillité lui fit le plus grand bien. Je serai heureuse maintenant ! Tellement heureuse ! Quelques mois plus tard à peine, en janvier 2009, elle tombait enceinte et cette grossesse se déroula sans aucun problème – ce qui méritait tout de même d’être signalé. Quand elle apprit que ce serait une fille, elle fut transportée de joie, dans un premier temps. Un bébé ! Comme une revanche sur sa vie, à son tour, elle deviendrait mère et ils formeraient une famille, une vraie famille. Ensemble, jusqu’à la fin. Dans son esprit tourmenté, ce devait être parfait, idyllique. Pourtant, à quelques semaines de l’accouchement, ses doutes refirent surface. Amelia avait été internée peu de temps après sa naissance, car elle avait mis plus d’une fois la vie de sa fille en danger, et était tristement célèbre dans le coin pour ses troubles du comportement. Et si… Et si cela lui arrivait également ? Et si, inconsciemment, elle s’en prenait à son bébé, si elle lui faisait du mal ? Cette idée lui semblait ignoble, si bien qu’une fois l’enfant née, Madison commença à se replier sur elle-même. Elle pleurait, sanglotait des heures et des heures et osait à peine toucher ce bébé et le prendre dans ses bras, de peur de faire quelque chose qu’elle pourrait regretter. Toujours héréditaire. Une peur viscérale de devenir folle à son tour, de perdre pied, de basculer dans un monde imaginaire. Alors, sans prévenir, tandis que l’enfant avait à peine un mois, elle griffonna en hâte un mot pour son compagnon, fit ses valises et quitta la maison, de nuit. Plus aucun contact, ni avec sa sœur, ni avec son compagnon, ni avec n’importe quel membre de la communauté dans laquelle elle avait vécu quatre longues années. Rien. Affolée, Madison quitta la Louisiane dans un vieil autocar sans climatisation, sans but précis. Quand on n’a rien, on n’a rien à perdre ! Prochaine destination ? L’Iowa et ses champs à perte de vue. Elle trouva un job de serveuse dans un fast-food, sur le bord d’une grande route, et s’installa seule dans une minuscule maison d’une petite ville de la région. Puis elle s’enfonça dans une routine sécuritaire et n’en bougea plus. Ici, seule, avec quelques connaissances dans son entourage, elle ne pourrait faire de mal à personne ! Surtout pas à sa fille. Quand elle songeait à ce bébé potelé, aux grands yeux identiques aux siens et au sourire malicieux, son cœur se serrait. Ce devait être la meilleure solution. Elle n’était pas comme les autres et ne l’avait jamais été, plus encore après la découverte du secret de sa mère. Elle se laissa bercer par le temps qui passe, sans se noyer dans le travail, et cherchait simplement de quoi payer son loyer et être un peu heureuse, juste un peu. Et un jour peut-être, trouver la force de pardonner à son père décédé et de rentrer chez elle.

Juin 2014 + La renaissance du phœnix

La force, elle la trouva enfin. Quelques mois après ses vingt-huit ans, et comme toujours de façon spontanée – elle réfléchissait rarement sur les conséquences de ses actes – elle débarque avec ses valises à Lewisburg, en ayant à peine prévenu ceux qui restaient, dans l’Iowa. Pourquoi rentrer ? Elle l’ignore. Sa fille est âgée de quatre ans, cinq au mois d’octobre, et elle n’a plus jamais eu de ses nouvelles. Elle appréhende les retrouvailles. Et son compagnon – il avait probablement refait sa vie ! – ne voudrait certainement pas la voir. Tant de questions se mélangent dans son esprit mais, pourtant, elle est décidée à revenir en Louisiane, à retrouver Frankie, sa sœur qui lui manque tant, et sa petite fille, et tous ceux qui ont un jour fait partie de sa vie. Ces dernières années, trop occupée à se battre contre elle-même, elle n’avait pas eu d’homme dans sa vie. Et puis qui voudrait sortir avec elle ?  Dans la rue, les gens la regardent déjà bizarrement, elle, cette jeune femme à la démarche étrange, le regard perdu, effrayée par un univers trop vaste pour elle, capable d’errer des heures dans la campagne avoisinante. En venant, la première chose qu’elle a faite avant même de retrouver ses anciennes connaissances fut de chercher un travail, qu’elle trouva sans mal malgré son peu de qualifications : Aide à domicile. Ainsi, elle peut entendre les rumeurs qui circulent à Lewisburg, elle peut faire connaissance avec de nouvelles personnes, ceux qui ne la connaissent pas, ceux qui ne la jugent pas encore. De folles rumeurs courent sur elle, sur cette silhouette maigrichonne étrange. Bizarre. Tarée. Névrosée. Voire pire. On raconte que plus jeune, elle avait voulu voler jusqu’au ciel, pour toucher les étoiles. Elle peut tout faire, le monde entier est à sa portée.

Pour l’heure, elle vit à l’auberge, dans l’attente de trouver quelque chose d’autre. Elle a l’intention, dès qu’il sera possible, de louer un petit bungalow à l’écart de Lewisburg, au milieu de la communauté, comme avant. Le bon vieux temps ! aurait-elle aimé hurler, folle de joie. Une existence simple mais ô combien apaisante. Mad se satisfaisait de tellement peu. Son argent, elle le dépense à peine, ou le donne aux œuvres de charité. Elle n’en a  pas besoin ! Elle veut simplement retrouver les autres. Et qu’ils lui pardonnent un jour. Et tel le phœnix renaissant de ses cendres, Madison « Mad » Kingsley réapparut à la vue de tous, transformée, souriante. Bien vivante. Prête à reprendre sa vie là où elle l’a laissée.
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